Cantate pour Haïti
« In
the heart of darkness »
Joseph
Conrad
Haïti,
je t'écris
cette cantate ultime
Car il n'y
a pas d'homme
éternel
Pour veiller au carrefour
des tremblements.
Le ciel ne s'est
pas fissuré, le vent
Ne s'est
pas jeté dans les bras de l'abîme
-
La lumière pourtant s'est
noyée dans le miel.
CANTATE POUR HAÏTI
Port-au-Prince s'est
penché
Sur sa faille redoutable, infinie,
Jacmel a fui les corps des damnés.
CANTATE pour les enfants malaimés
Du prodigieux Toussaint Louverture..
Le regard de l'enfant
s'enfonce
dans le plancher,
L'oeil du mourant s'est
écrasé sur l'azur.
Haïti,
il n'y
a pas que la terre qui tremble.
Ma
colonne vertébrale vacille, il me semble.
Ma conscience blessée saigne au plafond de la parole.
Partout des visages hagards rôdent, une folle
Me regarde, me demande où
se trouve Haïti,
Son Haïti créole, son Haïti
toujours indéfinie...
CANTATE POUR HAÏTI,
Que dire d'un
pays à terre
Qui maintes fois s'enterre
Pour se signer au seuil de l'enfer ?
CANTATE POUR HAÏTI
Nous t'offrons
le chant des versets remués.
Nous mains sont offertes,
évincées, lacérées,
Le soleil
à genoux, pour toi, supplie.
CANTATE POUR HAÏTI,
Mes mots tremblent aussi,
Mon inspiration anéantie,
Mon poème s'est
trahi.
Haïti,
la fente de l'Atlantique
se réveille.
Partout la poussière balaie
où la mort veille.
Une femme accouche de l'ombre
d'un
enfant
Et son cri se fracasse en
stupeurs et tremblements.
Que l'aveugle
oublie sa cécité pour te voir en face,
Que
la parole qui s'efface
te laisse son ultime trace !
CANTATE
POUR HAÏTI
POUR TOI, LE MOT
TREMBLE A L'INFINI !
Khal
Torabully
15/1/2010